Blind Magazine : photography at first sight
Photography at first sight
New York Up and Down

New York Up and Down

New York Noir est une collection d’images emblématiques prises par le photographe Jean-Pierre Laffont, depuis qu’il s’est installé à New York en 1964. Du mouvement des droits civiques aux enfants jouant dans la rue, de la célébrité aux gangs et à la prostitution, Laffont a couvert tous les facettes de cette ville unique. À l’occasion de la sortie de son livre, Éliane Laffont, son épouse et figure du photojournalisme, raconte son affection pour cette dernière.
Eliane Laffont avec sa fille Stéphanie sur le fleuve Hudson en regardant le World Trade Center presque terminé.
New York City, NY. 1972. © Jean-Pierre Laffont

Je suis née en Bourgogne, j’ai grandi au Maroc et fait des études de philosophie et de sciences politiques à Paris. Mon père voulait que je sois la nouvelle « Simone de Beauvoir », moi, je voulais partir à la découverte du monde et des États-Unis qui me fascinaient. Je ne l’ai jamais dit à ma famille gauchiste pour qui l’Amérique représentait l’Empire du Mal. Après un voyage plein d’aventures de la Terre de Feu jusqu’en Alaska avec trois autres filles dans deux voitures, je suis enfin arrivée à New York.

Ce fut le coup de foudre immédiat. Je me souviens exactement du moment et de l’endroit où cela s’est produit : en décembre 1965, sur la 6ème Avenue et la 55ème rue. Les immeubles de métal et de verre brillaient à la lumière du soleil. Je n’avais jamais vu de gratte-ciels auparavant, je les trouvais éblouissants, provocants, démesurés. J’ai tout de suite su que j’étais faite pour vivre à New York et que j’avais trouvé l’endroit où j’allais passer le reste de ma vie. Quelqu’un a un jour dit : « New York n’est pas une ville, c’est un monde ». New York allait devenir mon monde.

Une voiture abandonnée devient un lieu de jeu pour les enfants dans Fox Street. Du milieu des années 1960 à la fin des années 1970, la qualité de vie des habitants du Bronx a fortement diminué. Bronx, New York City, NY. Été 1966. © Jean-Pierre Laffont

À l’époque, New York était une ville sale et dangereuse, la pornographie était partout sur la 42ème rue et le métro plein de violence. La ville était traversée par de profonds changements et toute personne de moins de trente ans était dans la rue en train de protester. Le mouvement hippie était en plein essor et les drogues de toute sorte se vendaient presque ouvertement dans les rues.

Quand j’ai annoncé à ma mère que j’avais loué un appartement dans le West Side sur la 72ème rue, elle a appelé une amie qui lui a dit que je vivais près de « Needle Park » où les héroïnomanes venaient se fournir auprès de leurs dealers. Elle était très inquiète. Elle fut rassurée quand je me suis mariée avec Jean-Pierre qui était mon petit ami avant mon voyage. Il était arrivé à New York un an plus tôt et avait fait ce dont il avait toujours rêvé : devenir un photojournaliste, couvrir l’actualité, raconter des histoires, être le témoin de son temps. Son œil était à l’affût. Il travaillait tout le temps et photographiait tout : les faits divers, les crises, les tragédies, les informations quotidiennes, les problèmes sociaux, les débats aux Nations Unies et également les plateaux de cinéma à Hollywood et les stars françaises de passage à New York.

Eliane Laffont avec sa fille Stéphanie sur le fleuve Hudson en regardant le World Trade Center presque terminé. New York City, NY. 1972. © Jean-Pierre Laffont
Jean-Pierre Laffont première année aux Etats-Unis, sur le Staten Island Ferry devant le centre de Manhattan. New York City, NY. 1965 © Jean-Pierre Laffont

Les années soixante furent un tournant majeur à la fois pour New York et aussi pour Jean-Pierre et moi. Nous étions jeunes et imprégnés de cette liberté d’expression qui symbolisait cette époque. Rien ne nous semblait impossible. Nous avons ouvert le bureau américain de l’agence de presse Gamma et j’accompagnais J.P. dans ses reportages. J’ai tout appris sur la ville en le regardant travailler et ses photos m’ont aidée à voir New York et à l’aimer : les parades, les immeubles délabrés, les quais, les décharges publiques, les clubs de jazz, les graffitis, la beauté des avenues, la construction du World Trade Center et la nature luxuriante des parcs.

Nous allions avec notre fille Stéphanie au parc du Riverside. Jean-Pierre lui apprit à faire du vélo et nous nous allongions sur les pelouses pendant l’été. Nous prenions le bateau « Circle Line » sur l’Hudson par tous les temps pour faire le tour de Manhattan. Nous allions à Central Park, faisions des tours de manèges et mangions des « fastfood » qui venaient du monde entier : tacos, falafels, brochettes, pizzas, hotdogs, kebabs, bretzels, crêpes, gaufres… Nous n’avions pas d’argent et prenions le métro. J’adorais écouter les immigrants parler yiddish, chinois, allemand et italien. J’étais l’une d’entre eux. On n’avait pas besoin d’avoir beaucoup d’argent pour vivre bien. Les musées étaient gratuits et nous les avons tous visités. À Hell’s Kitchen, on pouvait s’offrir une bière et un sandwich pour 1$.

La prostitution, la drogue et la pornographie sont omniprésentes dans les rues. Un prostitué travesti expose sa marchandise dans une rue de Times Square. En 1980, Times Square est devenu une ruche d’activités de prostitution. Et les dealers sont à chaque porte. Mai 1980. Manhattan, New York City, NY. © Jean-Pierre Laffont

Oui, c’était une ville « qui ne dort jamais », avec un métro qui marche jour et nuit, des magasins toujours ouverts, des buildings éclairés en permanence et des rues encombrées, avec des coins dangereux et avec le bruit infernal  des voitures de police, des ambulances, des pompiers, des climatiseurs et l’habituel et assourdissant trafic des bus et des camions délabrés. Oui, il y avait des mendiants dans la rue, des sans-abris dans les parcs et des alcooliques sous les porches des élégantes boutiques de Madison Avenue. On était tous des battants, débrouillards, ingénieux et futés. Il fallait travailler dur pour survivre. J’avais trois boulots, je travaillais tout le temps. J’adorais ça. Oui, New York était une ville dure et je vais vous raconter à quel point elle peut être dure : nous vivions sur la 72ème rue dans un appartement pratiquement vide avec une terrasse qui donnait sur l’Hudson. Nous ne possédions aucun meuble à part un tapis marocain blanc cassé à poil long, une banquette que JP avait construite et que j’avais recouverte de feutre violet acheté à Orchard Street, un matelas posé sur le sol et deux oreillers géants en peau d’agneau avec des broderies jaunes que J.P. avait ramenés d’un de ses voyages en Inde. La nuit, nous transformions la minuscule cuisine sans fenêtre en chambre noire, nous installions des cuvettes dans l’évier et JP y développait ses films et faisait ses tirages. Nos seules possessions étaient ses Leica et quelques bijoux de famille donnés par ma mère. Un jour, alors que nous revenions à la maison, nous nous sommes aperçus que des voleurs étaient entrés par le toit et avaient volé les appareils photos et les bijoux. Il y avait au milieu du lit un gros caillou avec lequel ils avaient brisé la porte de la terrasse. La police nous dit : « Vous avez eu de la chance de ne pas avoir été dans l’appartement, ils vous auraient tués avec cette pierre. » Ce fut tout. Nous n’avons plus jamais entendu parler de la police et nos affaires ne furent jamais retrouvées. Cinquante ans plus tard, je cherche toujours dans les vitrines des boutiques de prêteur sur gages la bague et le bracelet de ma mère. New York n’est pas pour les cœurs tendres.

Fumées typiques du climatiseur. Manhattan, New York, NY.  15 juin 1971. © Jean-Pierre Laffont

Comme tous les New-Yorkais, nous nous sommes adaptés. Les New-Yorkais aiment les grands chamboulements et n’ont pas peur d’agir. Le premier événement écologique, « Le Jour de la Terre », était impressionnant avec des gens portant des masques à gaz et des enfants dessinant des colombes sur l’asphalte. Les manifestations contre la guerre du Viêtnam avec les vétérans en chaises roulantes étaient émouvantes. La première « Gay Pride » venait d’être créée et devint immédiatement un phénomène mondial. Angela Davis dénonça la ségrégation raciale, Gloria Steinem et Betty Friedan défendirent la libération de la femme et le droit à l’avortement, pas une simple affaire dans un pays si religieux. On se sentait fière d’être femme. Tout à coup, il était important de savoir qui nous étions et qui nous aimions.

Il y eut aussi des moments inoubliables. Nous avons regardé la parade des astronautes sur Broadway à leur retour de la Lune, ce fut le plus grand déferlement de joie que j’ai vu à New York. Dans la foule, des gens portaient des casques d’astronautes et trois cents tonnes d’annuaires téléphoniques, transformés en confettis, furent lancées sur les nouveaux héros. Les Américains étaient si fiers d’avoir battus les Russes dans la course à la Lune. Avant que nous ne prenions conscience du droit des animaux, une foule flamboyante, portant avec panache des manteaux de fourrures : chinchilla, loup, léopard, castors et même des visons de couleurs assorties, allèrent au Madison Square Garden pour assister au « Combat du Siècle » : Mohamed Ali contre Joe Frazier. Ali avait changé son nom officiel, Cassius Clay, qu’il appelait son nom d’esclave, fut dépossédé de son titre de champion, le  regagna deux fois, nous sensibilisa à la guerre du Viêtnam, combattit pour ce en quoi il croyait et fit des déclarations incendiaires à la presse. Avec ses défauts, il était le meilleur.

Muhammad Ali montrant son doigt pendant la pesée, avant le deuxième combat de boxe entre lui et Joe Frazier.
Ali remporte le combat par décision unanime, récupérant ainsi le titre. Manhattan, New York City, NY. 23 janvier 1974. © Jean-Pierre Laffont
Fusée célèbre du Radio City Hall de New York lors de la célèbre Macy’s Thanksgiving Parade. New York, U.S.A. 28 novembre 1974. © Jean-Pierre Laffont

New York devint la nouvelle capitale des arts. Le Pop Art explosa. Les « Nouveaux Réalistes », Arman, Martial et France Raysse, arrivèrent de Nice pour travailler avec Andy Warhol. Nous sommes allés dans son atelier, la « Factory ». Il était délibérément taciturne et avait un air très mystérieux derrière ses grosses lunettes. Il n’était plus le jeune artiste essayant de se tailler une place dans le monde de l’art, il était le monde de l’art à lui tout seul. Les personnalités « glam » de la musique, de la mode et du cinéma se mélangeaient à son entourage super excentrique. C’est là que j’ai rencontré Liza Minelli, Bianca et Mick Jagger, Truman Capote, Patti Smith et Robert Mapplethorpe. C’est aussi là que j’ai vu ses posters Campbell Soup et les multiples portraits de Che Guevara et Mao qui se vendaient déjà plusieurs dizaines de milliers de dollars. Warhol commençait ses expériences cinématographiques et les caméras tournaient tout le temps pendant que sa muse du moment, Nico, chantait de façon incohérente et que les Velvet Underground jouaient des accords dissonants tout en fumant des joints à la banane.. Tout ça était très, très underground.

Vous n’étiez personne si vous n’étiez pas passés par New York. Charlie Chaplin y revint après 15 ans d’exil et Philippe Starck redessina les hôtels historiques du Paramount et du Royalton. Les Rolling Stones jouèrent sur un camion en descendant la 5ème Avenue et le genre mauvais garçon de Mick Jagger le fit entrer dans la légende. Brigitte Bardot, célèbre pour avoir mis à la mode la ville de Saint-Tropez et le bikini, arriva à New York en provenance du Mexique où elle avait tourné le film « Viva Maria » avec Jeanne Moreau. Elle venait aussi y rencontrer les Beatles pour un projet de film qui n’aboutit jamais, mais BB fut nommée la femme la plus sexy du monde par les New-Yorkais. Charles Aznavour, Gilbert Bécaud et Enrico Macias chantèrent au Carnegie Hall, la Mecque des musiques classiques et populaires. Nous sommes tous devenus amis et allions au « Max’s Kansas City » manger des hamburgers, danser au Studio 54 jusqu’au petit matin. J’ai même chanté « Macho Macho Man » et « Y.M.C.A » avec les Village People… Nous nous sommes lâchés, avons enlevé nos vêtements, un truc des années 70 ! La très avant-gardiste pièce « Oh ! Calcutta ! » montrait des scènes de nudité totale, nous avons rencontré la troupe, ils étaient tous très à l’aise et leur décontraction fit de la pièce un grand succès.

15 avril 1972 . Charlie Chaplin et sa femme Oona assistent à une représentation au Philharmonic Hall. Chaplin imite sa moustache caractéristique après avoir reçu un Oscar d’honneur pour sa carrière. Hollywood, Los Angeles, Californie, États-Unis. © Jean-Pierre Laffont
Le chanteur français Gilbert Becaud sautant les bras tendus près de l’Empire State Building à New York. Manhattan, New York City, États-Unis. Octobre 1966. © Jean-Pierre Laffont

Mais ce que j’aimais par dessus tout, c’était emmener nos amis découvrir mon New York : le pont de Brooklyn pendant la nuit, le Grand Central Terminal avec son style Beaux-Arts, le toit Art Déco du Chrysler. L’Empire State Building était sans aucun doute le point culminant de la visite et Jean-Pierre les photographiait sur les toits. Pour moi, ce n’est pas Paris mais New York qui est une fête. J’ai su que j’étais devenue une vraie New-Yorkaise le jour où Jean-Pierre m’a emmenée voir la restauration de la Statue de la Liberté, ce cadeau centenaire de la France. J’ai pleuré en songeant aux millions d’immigrants qui voyaient pour la première fois l’énorme torche dans sa main droite et qui savaient, comme moi, qu’ils étaient désormais chez eux.

Je me souviens parfaitement quand 15 vétérans du Viêtnam se sont barricadés dans la Statue, l’ont prise en otage pendant 40 heures et ont accroché le drapeau des États-Unis à l’envers pour protester contre la guerre du président Nixon. Jean-Pierre fut le seul photographe autorisé à l’intérieur quand ils apprirent qu’il était lui-même un ancien combattant. La diplomatie sera utilisée pour libérer la Statue !

Le concert War Is Over à Central Park à New York a eu lieu devant une foule de plus de 100.000 personnes. Manhattan, New York. 11 mai 1975. © Jean-Pierre Laffont
Deux hommes font un doigt d’honneur à la foule qui se rassemble à Central Park alors qu’ils s’allongent sur le sol et s’embrassent pour le concours de baisers lors de la première célébration de la Gay Pride de New York. Manhattan, New York City, NY. 28 juin 1970. © Jean-Pierre Laffont

Aucun de ces édifices ne bénéficiaient de mesures de sécurité et le World Trade Center, symbole de la suprématie économique américaine, fut détruit le 11 septembre 2001. Environ 3.000 personnes y perdirent la vie, y compris de courageux policiers et pompiers. Le maire Giuliani mena la ville d’une main de fer pendant ces moments difficiles et déclara : « Nous reconstruirons ». Et bien sûr, la ville s’est reconstruite car New York a la capacité de se réinventer en permanence. Quand elles furent achevées en 1973, ces tours étaient les plus hautes du monde et J.P. les avait photographiées en toutes saisons. Je regarde toujours ces images avec nostalgie. Le World Trade Center n’avait jamais été très apprécié des New-Yorkais, et je suis sans doute l’une des rares à penser que les deux tours auraient dû être reconstruites à l’identique.

Bien sûr, je ne suis pas tout le temps folle amoureuse de New York. Je l’ai détestée quand le coût d’entretien de notre immeuble a considérablement augmenté, quand j’ai vu des rats sur les rails de la ligne 1 du métro,  quand mon « diner » favori fut remplacé par une boutique Gap, quand l’ancien quartier des abattoirs, le Meatpacking District, contrôlé par la Mafia devint l’endroit à la mode, et quand Charivari, ma boutique de vêtements préférée a déménagé pour aller dans l’East Side, j’ai été écœurée quand les artistes de SoHo furent obligés de quitter leurs lofts rachetés par des riches avocats et des courtiers de Wall Street. Je n’ai pas supporté quand Stéphanie m’a dit qu’elle allait peut-être quitter New York pour le New Jersey parce que les frais de scolarité pour nos deux petites-filles étaient trop élevés à Manhattan. J’ai pleuré quand John Lennon a été assassiné à trois blocs de chez nous, j’ai été terrifiée par les ravages causés par le SIDA et le crack, et j’ai été dévastée par les attaques du 11 septembre.

Cours gratuits de yoga se déroulant à Central Park. Manhattan, New York City, NY. 6 mai 1972. © Jean-Pierre Laffont

Néanmoins, je l’ai suffisamment aimée pour dire non à Jean-Pierre lorsque, un jour, il a suggéré de déménager à Los Angeles. Je l’ai regardé droit dans les yeux et lui ai dit calmement : « Tu peux  y aller si tu veux. Tu viendras me rendre visite pendant le week-end ».  Nous n’en avons plus jamais parlé.

Beaucoup d’années se sont écoulées. L’agence photo Sygma que J.P. et moi avions fondée aux États-Unis est devenue la plus grande du monde, du moins pour un moment. Jean-Pierre est devenu le photojournaliste qu’il a toujours voulu être. Je ne suis pas devenue « Simone de Beauvoir » mais j’ai eu la chance de travailler avec les meilleurs photographes du monde et avec les éditeurs, directeurs artistiques et directeurs de la photo les plus inspirés de la planète. La jeune française arrivée aux États-Unis dans les années 60 a réalisé ses rêves dans la ville de son choix et a maintenant deux petites-filles qui sont la 1ère génération de New-Yorkaises.

En raison d’une grève des transports, le Ringling Brothers Circus ne peut pas déplacer ses animaux du New Jersey à New York. Les autorités de la ville décident finalement que le Holland Tunnel sera fermé à la circulation pour la nuit et que les animaux l’emprunteront. Cet événement inhabituel sera à l’origine de la promenade des animaux dont les animaux du Ringling Brothers Circus entreront dans la ville par le Midtown Tunnel. Manhattan, New York City, NY. 18 mai 1971. © Jean-Pierre Laffont

J’ai entendu un jour cette blague à la radio : On demanda à l’acteur Bob Hope – « Quand allez-vous venir jouer à New York ? ». Il répondit : « Quand la ville sera terminée ». Cela m’a fait beaucoup rire. C’est tout à fait ça, New York ne sera jamais terminée. New York est toujours dans un perpétuel état de démolition, de reconstruction, de déclin et de redressement. Des buildings de plus en plus hauts continueront de transformer la ligne d’horizon de la ville. L’Empire State Building, s’il reste mon préféré, n’est certainement pas ni le plus grand, ni le plus surprenant aujourd’hui.

La fumée des feux d’artifice s’échappe de la Statue de la Liberté. La scène faisait partie des célébrations du bicentenaire des États-Unis.
New York City, NY. 04 juillet 1976. © Jean-Pierre Laffont

Quand j’ai repris tout le travail de Jean-Pierre pour les besoins de ce livre, j’ai réalisé que ses photos constituent un portrait personnel et historique d’une ville avec un pied dans le XIXème siècle et l’autre dans le XXIIème. Elles sont aussi les témoins de la grande aventure de notre vie dans cette ville que nous considérons désormais comme la nôtre. New York est drôle mais elle peut aussi faire pleurer. Elle est organisée et chaotique, sophistiquée et brute, attirante et repoussante, bruyante et étrangement silencieuse, cruelle et délicate, souvent sale et trop propre par endroits. On l’aime un jour et on la déteste un autre. C’est une ville qui change en permanence et pourtant demeure la même. Elle peut être belle à couper le souffle et pourtant la laideur est dans tous les coins. Tout est up et down, et down et up.

Mais, voyez-vous, je l’accepte comme elle est car je l’aime à la folie.

Par Éliane Laffont

Éliane Laffont est une journaliste et directrice d’agence photo, membre fondateur des agences Gamma USA et Sygma Photo News.

New York Noir, de Jean-Pierre Laffont, est publié par Peanut Press, et disponible au prix de 125$.

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