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Planche(s) contact 2019 : jeunesse, zèbre et coquillage

Planche(s) contact 2019 : jeunesse, zèbre et coquillage

En conviant des photographes confirmés et des jeunes talents à faire le portrait des lieux, le Festival de Deauville offre une carte blanche pour réinventer un territoire. Pour sa 10ème édition, il continue de convoquer des écritures variées.

© Koto Bolofo

« J’ai cherché à mettre en avant le dialogue entre l’esprit des lieux et l’esprit des photographes », explique Laura Serani, directrice artistique de cette édition et de détailler : « c’est un peu comme au théâtre. Bien mettre en lumière l’image est une opération très importante. » De fait, peut-être plus que jamais, Planche(s) contact offre une véritable scène aux participants, ouvrant des lieux improbables comme par exemple une suite dans l’incontournable hôtel Normandy ou célébrant par des installations immenses les clichés de certains photographes. 


© Klavdij Sluban

Caprice

C’est le cas du travail de Klavdij Sluban qui s’est passionné pour les mots des écrivains qui se sont rendus à Deauville. Poursuivant son intérêt pour la littérature, le photographe est allé interroger visuellement les considérations des poètes dans de très grands formats qui donnent un brin le vertige. « Ce n’est pas une illustration ce que j’ai cherché à faire », assure Klavdij Sluban tandis qu’il place des phrases d’écrivains sous ses photographies, « mais un frottement entre l’image et le texte, un mariage entre les deux. » Pour lui, Deauville n’est pas « une ville qui se donne facilement », mais au contraire, un lieu difficile, « stable au milieu du caprice », comme l’écrivait Jean Cocteau. Deauville, dont le photographe sud-africain Koto Bolofo a subi le mauvais temps d’automne, la pluie et les bourrasques. Une rétrospective lui rend hommage sur la plage tandis qu’il a réalisé un certain nombre de ses photographies ici même, lors de shooting de mode où le climat d’octobre lui jouait de mauvais tours. 


© Koto Bolofo

« Scintillements de vies »

« Un jour, il a rapporté un zèbre sur la plage ! », en rit encore Philippe Normand, responsable culturel de la ville et ancien directeur artistique du Festival. Ce zèbre, fixé pour toujours par le photographe, trône désormais en image, les pieds dans le sable. À côté, des clichés de coquillages se mêlent à des poses de mannequins. « C’est peut-être la plus belle exposition de ma vie », affirme Koto Bolofo qui raconte que le photographe Richard Avedon lui a donné un jour un conseil qui l’a poursuivi toute sa vie : « gardez votre signature. Ne laissez pas les autres vous changer. »

Une signature, c’est aussi ce que défend la photographe Alisa Resnik, exposée dans la petite maison décatie baptisée La Chatonnière. Elle propose des vues arrachées dans la nuit, du sable qui ressemble à de l’eau et des personnages qui semblent inquiets ou tristes, en prises avec quelque chose de sombre. « Scintillements de vies jamais vécues mais ressenties pleinement, altérées sans être embellies. Le sable s’étire et se tord jusqu’à ce qu’il soit avalé par ce vide imprégné de noir. », écrit la photographe dans un texte d’introduction mystérieux. 


© Alisa Resnik

Poney 

À ce noir, contraste la drôlerie du collectif Riverboom. Photographes habitués aux terrains de guerre, ils ont repensé leur pratique à l’aune du petit conflit silencieux qui divise les habitants de Deauville et ceux de Trouville. En jouant la carte de la comparaison immédiate, ils offrent des tableaux hilarants où l’état du ciel change en fonction du lieu, où l’un enfourche un magnifique étalon quand l’autre monte un minuscule poney. Qui l’emporte ? Difficile de le dire, tandis que c’est surtout le comique de la situation qui déride un peu et met le doigt sur une réalité commune : nous avons toujours un peu de ressentiment à l’égard de son voisin, peut-être plus que vis-à-vis d’un lointain étranger. 


© Collectif RIVERBOOM

Bières 

Des voisins, il est question aussi dans le travail d’un des photographes sélectionnés dans le Tremplin Jeunes Talents et celui qui a d’ailleurs été élu lauréat de cette édition présidée par la photographe Sarah Moon : Chau-Cuong Lê. Le photographe s’est intéressé aux adolescents de Deauville. Il a transposé sa propre jeunesse en demandant à de jeunes gens de poser pour lui dans différentes mises en scène. On voit deux amis en train de se battre pour rire sur la plage, un jeune couple assis sur un lit avec deux bières vides sur la table de chevet, un jeune homme en train de prendre le soleil…

Deauville dont le passé est questionné par un autre photographe du Tremplin, Jean-Charles Remicourt-Marie. L’artiste a glissé des photographies dans des malles anciennes qu’il a fabriqué lui-même et qui sont parfois ouvertes, parfois fermées, offrant par là une expérience inédite pour chaque visiteur. Énigmatique, aussi, parce qu’il suggère beaucoup dans ses photographies l’histoire de la ville tout en donnant peu d’informations, laissant le spectateur libre de son interprétation et ouvert à son imaginaire, fidèle à l’esprit du Festival. 


 © Chau-Cuong Lê
 
© Jean-Charles Remicourt-Marie

© Koto Bolofo

 © Chau-Cuong Lê

Par Jean-Baptiste Gauvin

Planche(s) contact

19 octobre 2019 – 05 janvier 2020

Deauville 

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