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Raphaël Gianelli-Meriano, l’art de l’approche

Pendant deux ans, le photographe a saisi hors scène et sans apparat les vingt-deux danseurs du Malandain Ballet Biarritz. Exposition au Casino municipal, en septembre. 

Quand il n’est pas sur un skateboard ou sur une planche de surf, Raphaël Gianelli-Meriano, 46 ans, se partage entre la photographie et la réalisation de films, certains publicitaires, d’autres documentaires. Ainsi The Kaplinski System (2011), dédié au poète et philosophe estonien Jaan Kaplinski (1941-2021), où défile, accompagnant les mots brûlants du poète, une suite d’images incroyablement émouvantes. 

Son secret ? L’art de l’approche. Raphaël Gianelli-Meriano ne tourbillonne pas autour de son sujet et ne cherche pas à le dominer. Épater la galerie n’est pas son truc, il préfère le temps de la rencontre. Biarritz, cet été. Nous nous voyons pour la première fois à La Coupole, l’un des cafés les plus agréables de la cité balnéaire, à deux pas du Casino Municipal, machines à sous au rez-de-chaussée et culture à l’étage.

C’est là, dans le Salon Diane, que se tient Corps de ballet, une exposition d’envergure consacrée au Malandain Ballet Biarritz, Centre Chorégraphique National. Soit vingt-deux danseurs (permanents), suivis par un public très fidèle, aussi bien au pays basque qu’à l’étranger. Pendant deux ans, Raphaël Gianelli-Meriano les a accompagnés, tout en commençant à Paris l’une des séries de Corps de ballet, Élévation, centrée sur les jambes des danseurs, à cause de la lumière naturelle, « pas uniforme », des grandes baies du foyer du Théâtre de Chaillot. 

Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano

Comment avez-vous abordé cette carte blanche du Malandain Ballet Biarritz ?

Je ne connais pas le milieu de la danse même si je l’ai entrevu quand j’étais au conservatoire de musique, à Valence, les danseurs n’étaient jamais loin. J’ai réfléchi avec l’un de mes outils familiers, le skateboard, qui a quelque parenté avec la danse, mouvement, équilibre, esthétique. Je n’avais pas envie de gestes finis, de figures de style, il fallait aussi que ça reste quelque chose de classique avec des codes reconnaissables. Pas de perfection, donc, mais beaucoup de questions autour du corps. J’ai regardé Noureev saisi par Richard Avedon, la force de ce portrait, et celle de Noureev, ses jambes aux muscles incroyables, ce corps si énergique, son élégance. Ça, ça me parlait. 

Le Ballet compte vingt-deux danseurs, ils ont posé un par un ?

Oui, individuellement, vingt minutes pour chaque danseur.

Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano

Et que leur demandiez-vous ? 

De me montrer une position ou un mouvement qui leur plaît, ou qu’ils ont l’habitude de faire instinctivement. J’étais attentif, et j’essayais de retenir cet instant où quelque chose bascule.

Cet instant où naît l’image…Vous savez toujours ce que vous voulez avant une prise de vues ? 

Je découvre ce que je veux à la prise de vues. Je suis incapable de dire on va faire comme ça et comme ça, ou de dessiner la photo, souvent j’ai comme une vision, et je dis « ah voilà, c’est ça ! » C’est l’étonnement.

Et justement, qu’est-ce qui vous a le plus surpris chez ces danseurs ? 

Leur manière d’être au monde, de communiquer avec leur corps. Ce langage me fait vibrer. Et l’analogie avec le skateboard, c’est qu’ils exigent l’impensable de leur corps. En tournée, ils sortent en boîte pour danser… et dès qu’ils peuvent, ils dansent. Comme les skateurs au retour d’une compétition : tu t’arrêtes à la station-service, les corps sont à plat, ils repèrent un trottoir et tu penses, non les gars, aujourd’hui c’est repos, et en fait non… Les danseurs sont des artistes, la vie, comme l’art, les traverse. Thierry Malandain, le chorégraphe du MBB, a choisi des personnalités diverses, aucune ne ressemble à l’autre. La première fois où je les ai photographiés, je l’ai senti tout de suite.

Aucune image sur la scène ?

Jamais quand ils sont sur scène et dans leur apparat de représentation. Ce qui m’intéresse, c’est le corps au travail, ce qui se passe avant et après. La scène, c’est pour le public et la rencontre qui en découle.

Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano

Êtes-vous un photographe efficace ? 

Dans ma manière de travailler, il y a une certaine inefficacité. J’ai vu il y a peu, à la Fondation HCB, Helen Levitt et Henri Cartier-Bresson, leur dialogue mexicain. HCB, c’est efficace, le nombre d’or, etc. Helen Levitt, c’est inefficace, et pourtant je la place au-dessus de Cartier-Bresson. Ses photos sont pleines de magie, la magie de la vie. L’inefficacité, c’est l’inattendu, ce que tu peux espérer croiser et attraper… Et c’est ce que fait Helen Levitt de manière assez singulière. Pour obtenir la confiance, il faut être inefficace. Moi, j’ai besoin de temps que ce soit avec les danseurs de Malandain ou les nuages d’Islande. Je ne suis jamais sûr de repartir avec ce que j’aurais dû photographier, mais je l’accepte. J’espère, un jour, être aussi inefficace qu’Helen Levitt !

Pourquoi le noir & blanc ? 

Pour le classicisme du rendu. Pour traduire quelque chose d’intemporel, qui appartient à chaque danseur et qui, en même temps, leur a été légué par d’autres générations. 

Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano
Corps de ballet, Raphaël Gianelli-Meriano

Corps de ballet par Raphaël Gianelli-Meriano au Théâtre du Casino Municipal de Biarritz, salon Diane, du 8 au 17 septembre, dans le cadre du festival Le Temps d’Aimer la Danse. Seront également présentés des portraits de chorégraphes et de danseurs issus de la collection de Thierry Malandain. Instagram et site web de la Fondation Richard Avedon.

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