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L’expérience Diane Arbus

Avec ses 454 images, l’exposition de Luma Arles propose la présentation la plus complète jamais réalisée sur l’œuvre de Diane Arbus.

Diane Arbus aurait eu 100 ans cette année. Les tirages de l’exposition, acquis par la Fondation en 2011, constituent les images qu’elle considérait comme ses incontournables les ayant elle-même sélectionnées, à une vingtaine près choisis par sa fille.

Une famille sur sa pelouse un dimanche à Westchester, N.Y. 1968 © The Estate of Diane Arbus. Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation
Une famille sur sa pelouse un dimanche à Westchester, N.Y. 1968 © The Estate of Diane Arbus. Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation

« Datant des années 1970 à 2000, les tirages ont été réalisés par Neil Selkirk, la seule personne autorisée à tirer les négatifs de Diane Arbus depuis sa mort », explique Matthieu Humery, commissaire de l’exposition. Il dirige également le programme « Archives vivantes » de Luma Arles qui, en 2019, avait programmé l’impressionnante exposition réunissant 3000 images de Annie Leibovitz.

Tout aussi spectaculaire, l’exposition consacrée à Diane Arbus propose une véritable plongée dans l’œuvre de l’Américaine aujourd’hui reconnue comme une des grandes portraitistes du XXe siècle. Pourtant, la reconnaissance de son travail est postérieure à sa mort par suicide en 1971 à l’âge de 48 ans. Aussi étrange que cela puisse paraître aujourd’hui, Diane Arbus vivait difficilement de son travail.

Fille blonde au rouge à lèvres brillant, N.Y.C. 1967 © The Estate of Diane Arbus. Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation
Fille blonde au rouge à lèvres brillant, N.Y.C. 1967 © The Estate of Diane Arbus. Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation
Un jeune homme en bigoudis chez lui sur West 20th Street, N.Y.C. 1966 © The Estate of Diane Arbus Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation
Un jeune homme en bigoudis chez lui sur West 20th Street, N.Y.C. 1966 © The Estate of Diane Arbus Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation
Erik Bruhn et Rudolf Nureyev, N.Y.C. 1964 © The Estate of Diane Arbus. Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation
Erik Bruhn et Rudolf Nureyev, N.Y.C. 1964 © The Estate of Diane Arbus. Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation

Datant du milieu des années 1950, les plus anciennes images présentées correspondent à la période où elle se lance dans sa carrière solo après avoir collaboré avec son mari Alan pour des images qu’ils co-signaient. C’est dans ces années qu’elle suit les cours de Lisette Model. Au début des années 1960, elle jette son dévolu sur le Rolleiflex 6 x 6. Le format carré est aujourd’hui indissociable de son travail comme en témoignent ses plus célèbres images : l’enfant à la grenade dans Central Park, les jumelles, le jeune homme au canotier, le géant avec ses parents, l’homme aux bigoudis, la femme au grain de beauté, etc.

Le terme d’installation n’est pas usurpé pour qualifier la scénographie de l’exposition, particulièrement originale. Le parcours n’est ni chronologique ni thématique « mais laisse la place au hasard et permet un rapport direct avec l’œuvre, sans filtre », revendique Matthieu Humery. Un parti pris qu’il compare à la manière de travailler de Diane Arbus lorsqu’elle arpentait les rues de New York à la recherche de ses modèles. Une sorte de portrait en creux de la photographe, donc. Placé au centre d’une grande pièce de 1000 m2, le dispositif sous forme d’une trentaine de structures métalliques accueillant les tirages ainsi disséminés dans l’espace invite le spectateur à se perdre, à faire des aller-retours.

Deux dames à l'automate, N.Y.C. 1966 © The Estate of Diane Arbus. Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation
Deux dames à l’automate, N.Y.C. 1966 © The Estate of Diane Arbus. Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation

L’exposition a surtout le mérite de montrer les multiples facettes du travail de l’Américaine et des aspects moins connus. Ainsi un tiers des images sont rectangulaires, dont un autoportrait où elle apparaît enceinte, ou encore des portraits de personnalités tels Marcel Duchamp ou Norman Mailer. Tout aussi surprenant, un portrait en plongée, elle qui avait l’habitude de saisir ses modèles frontalement.

Si on sait qu’elle a beaucoup photographié les marginaux, les freaks, les personnes de petite taille, les handicapés, etc., l’exposition révèle des images sociales dans la veine d’un Lewis Hine, avec des vues d’intérieur de familles afro-américaines prises dans en Caroline du Sud en 1968 ou encore les Red Stockings, un groupe féministe radical, à Boston en 1969. Autres curiosités : les paysages – rares – se révèlent pour la plupart des leurres, par exemple un papier peint dans un hall d’immeuble à New York en 1966 ou encore un château à Disneyland en Californie en 1962, autrement dit un décor. Il n’y a pas une mais une constellation de Diane Arbus.

Femme masquée en fauteuil roulant, Pa. 1970 © The Estate of Diane Arbus Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation
Femme masquée en fauteuil roulant, Pa. 1970 © The Estate of Diane Arbus Collection Maja Hoffmann / LUMA Foundation

Sophie Bernard« Diane Arbus Constellation », La Tour, Galerie principale, LUMA Arles, 35, avenue Victor Hugo, 13200 Arles.

Annoncée jusqu’au 24 septembre 2023, l’exposition devrait être prolongée jusqu’au printemps 2024.

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