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Les images retrouvées du Festival de Glastonbury

Le photographe Paul Misso revisite le célèbre festival, devenu le modèle même de toute grande manifestation musicale.

Le 18 septembre 1970, Jimi Hendrix meurt à Londres. Le lendemain même, c’est la première édition du festival de Glastonbury, qui attire seulement, durant deux jours, mille cinq-cents spectateurs. 

L’année suivante, à la date du solstice d’été, les organisateurs Andrew Kerr et Arabella Churchill transforment l’humble festival en Glastonbury Fair, une célébration de cinq jours de la créativité et de la communauté à Worthy Farm, vaste pâturage d’un demi-kilomètre carré situé au fond de la vallée mystique d’Avalon.

© Paul Misso
© Paul Misso

Conscients des effets délétères de l’industrialisation, de la pollution et de la destruction de l’environnement, Kerr et Churchill font de Glastonbury un espace d’éveil spirituel, s’inspirant de la tradition musicale, chorégraphique et poétique du Moyen-âge, dans un lieu habité par maintes légendes.

L’esprit de Glastonbury reflète le passé de la nation elle-même. « C’est ici que Saint Joseph d’Arimathie serait revenu avec des reliques sacrées pour fonder la première église chrétienne en Grande-Bretagne », écrit Kerr en 1971. « C’est ici que le roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde auraient accompli leur quête du Saint Graal, ici également que les anciens druides auraient été initiés aux secrets de l’univers. C’est un endroit magique. »

Kerr et Churchill vont s’inspirer des grandes pyramides de Gizeh pour la construction de la scène emblématique du festival – située à quelques mètres de la ligne tellurique (ces axes reliant les sites surnaturels) entre Glastonbury et Stonehenge.

© Paul Misso
© Paul Misso

Des têtes d’affiche telles que David Bowie, Traffic, Hawkwind, Traffic, Melanie, Fairport Convention et Quintessence se produisent sur cette scène devant quelque 12 000 spectateurs, dont le photographe Paul Misso, chargé d’illustrer le film documentaire Glastonbury Fayre réalisé par Nic Roeg. 

En 10 jours, Misso prend 7 000 photos dont lui et Roeg sélectionnent 160 pour le film. Mais le documentaire ne voit pas le jour, et les photos resteront dans un tiroir – jusqu’à aujourd’hui, avec la publication de In the Vale of Avalon: Glastonbury Festival 1971.

© Paul Misso
© Paul Misso
© Paul Misso
© Paul Misso
© Paul Misso
© Paul Misso

Ready Steady Go !

« J’étais un enfant de l’East End qui aimait Terence Donovan, Brian Duffy et David Bailey. Ils ont démontré que nous pouvions faire tomber les barrières », déclare Paul Misso à propos de la légendaire Black Trinity qui a fait connaître la photographie de mode britannique au monde entier, à l’époque où le Royaume-Uni commençait à émerger des heures sombres de la Seconde Guerre mondiale.

Au milieu des années 1960, alors qu’il étudie la photographie, Misso a l’opportunité de filmer les répétitions de l’après-midi pour l’émission télévisée de musique pop-rock « Ready Steady Go! », diffusée en direct le vendredi soir. Après avoir quitté l’université, Misso installe un studio à Islington et se met au travail.

« Je n’ai pas suivi le chemin habituel en devenant l’assistant d’un photographe bien établi », dit-il. « J’avais besoin de gagner de l’argent et je devais me tracer ma propre voie. J’ai fait de la mode et de la publicité avec passion pendant les six ou sept années suivantes, avant de travailler sur le scénario de Glastonbury. Nic Roeg, le cinéaste, voulait faire un documentaire de terrain sur la contre-culture et son éveil spirituel, et sur tous les mythes qui font partie du patrimoine anglais. »

© Paul Misso
© Paul Misso

À la recherche d’un « visage célèbre dans la foule », Roeg demande à l’actrice oscarisée Julie Christie de faire une apparition dans le film. Christie accepte, à condition que Roeg lui fournisse un camping-car, des provisions de nourriture et de boisson, et embauche Paul Misso comme chauffeur et chaperon. De plus, Christie insiste pour que Misso soit engagé comme photographe du film et dispose d’une grande quantité de pellicules couleur.

« On m’a donné 260 rouleaux de pellicule couleur, et accordé un salaire de quelques milliers de livres, avec lequel on pouvait acheter sa maison, à ce moment-là », explique Misso. « J’ai alors eu une autre approche. J’adorais photographier les gens, et tous ceux-là étaient incroyables, remplis d’un bonheur et d’une joie extraordinaires. J’avais l’impression d’entrer dans un royaume magique, et j’ai voulu montrer qu’il était différent de tout. C’était le royaume de l’amour. C’étaient des gens qui se souciaient les uns des autres. »

© Paul Misso
© Paul Misso
© Paul Misso
© Paul Misso

Dans la vallée d’Avalon

En 1971, les Swinging Sixties atteignent leur apogée, sans détrôner pour autant la génération précédente. « On sentait monter une rébellion extraordinaire », se souvient Paul Misso. « Les gens disaient qu’ils voulaient être libres. S’aimer les uns les autres. Ne pas se haïr. Peut-être bien que tout le rêve hippie n’a été qu’un rêve, mais du moins c’était un rêve raisonnable et décent. »

« Je voulais que mon appareil photo fasse partie de moi-même afin que les gens l’ignorent »

Né de l’idéalisme naïf, de l’hédonisme et de la volonté de vivre le moment présent, le mouvement hippie est la métaphore parfaite de la jeunesse : éphémère mais influente. Totalement immergé dans ce qui se passe, Misso participe à Glastonbury Fair autant qu’il en est l’observateur, n’établissant aucune séparation entre lui et les festivaliers.

« Je ne voulais pas jouer les Cartier-Bresson et me tenir à l’écart. Je voulais être connecté avec les gens, me mêler à eux. Je voulais que mon appareil photo fasse partie de moi-même afin que les gens l’ignorent », explique le photographe, dont l’apparence fait sensation dans la foule. D’origine anglo-malaisienne, les cheveux de Misso forment un halo épais autour de son visage, rappelant Jimi Hendrix. Et vêtu d’une salopette rayée bleue et blanche signée OshKosh B’gosh, il se fraye un chemin dans les prairies et les champs, son appareil photo autour du cou.

© Paul Misso
Portrait de Paul Misso

Attiré par les scènes lyriques de paix, d’amour et d’harmonie, Misso est sensible aux moments poétiques et émouvants où l’on fait des découvertes, devient intime avec les autres et se sent proche d’eux. Et bien que le film Glastonbury Fayre n’ait jamais vu le jour, les photographies de Misso ont ont pris de la valeur avec le temps, par la transmission de l’esprit de la contre-culture des années 1960 aux nouvelles générations.

« C’est incroyablement émouvant et bouleversant », dit Misso à propos de la publication de In the Vale of Avalon: Glastonbury Festival 1971. « Cela dépasse mes rêves les plus fous, car je connais intimement ces images. Je les avait conservées sans rien en faire, mais je les regardais toujours et elles me plaisaient vraiment de plus en plus. »

© Paul Misso
© Paul Misso

In the Vale of Avalon: Glastonbury Festival 1971 est publié par Idea Books, 45 £. Le festival de Glastonbury se déroule du 21 au 23 juin 2023 avec en tête d’affiche Elton John, Guns N ‘Roses, WizKid, Lil Nas X, Lizzo et Lana Del Rey.

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